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Comment peut-on tomber dans l'anorexie...

Publié le par Céline Le Guen

Pour la plupart des gens, il est difficile de comprendre comment une personne peut finir par se laisser mourir de faim ou, au contraire, peut finir par engouffrer trop de nourriture pour finalement la rejeter par la suite ?

 

Ainsi à travers mon expérience, en 2005, je vais tenter de vous raconter comment cela m’est arrivé ?

 

Pendant ma petite enfance, une de mes petites camarades avait dit à sa maman ″Je ne veux plus que tu m’emmènes à l’école car tu es grosse″. Cela m’avait choquée. Au fil des années, je l’ai très mal vécu, surtout au moment d’avoir été maman à mon tour. Je ne voulais pas, qu’une de mes filles me le dise…

 

C’est alors que j’ai décidé de faire l’intervention du By-pass pour perdre l’excédent de poids. J’y suis parvenue assez rapidement, en 3 mois j’avais déjà perdu 60 kilos et fière de ma grande volonté, je me suis dit ″Aller pourquoi ne pas perdre encore 1 kilo″ pour avoir une marge de sécurité. C’est ainsi que le funeste engrenage de l’anorexie s’est immiscé dans ma vie.

 

Soudain à l’idée de remanger normalement, je revivais l’humiliation de la petite fille à sa maman. Ainsi, ce qui était d’abord un jeu savant pour pouvoir maigrir est vite devenu, un enfer.

 

Au début, je trouvais mille est un stratagèmes pour ne pas me nourrir. Je prétendais que j’avais déjà mangé. Je buvais beaucoup pour tromper la faim. Mon désir de maigrir n’était plus en rapport avec un poids déterminé. J’estimais que j’en avais toujours de trop et me trouvais perpétuellement trop grosse.

 

Dans ma tête, je refusais, finalement, totalement tout ce qui était en rapport avec le corps car je méprisais celui-ci.

 

En somme, seul le mental me semblait digne d’intérêt.

 

Ma volonté implacable me procurait un sentiment de surpuissance. Mais à force de vouloir atteindre un idéal imaginaire (dans le moindre gramme de graisse), je n’étais pas du tout consciente de ma maigreur et de mon état de dénutrition.

 

Puis au cours de ma maladie, j’ai soudainement été ″possédée″ par un désir incontrôlable : le besoin de manger ; soit l’acte le plus dégradant pour une anorexique.

 

Après trois années de dépouillement extrême (je reconnais que c’était de l’autodestruction), mon corps s’est comme révolté.

 

Je ne pensais qu’à une chose ″manger″ pour combler un sentiment immense de vide et d’impuissance totale. Je devais m’acheter ma ″dose″ de chocolat pour pouvoir faire, chaque soir, mes crises de boulimies quotidiennes.

 

Pendant trois ans, ma vie n’a été que chaos : solitude totale, anorexie, boulimie, gavage/purification et sommeil extrêmement perturbé.

 

Aujourd’hui, je ne me bats plus contre la maladie.

Je me suis reconstruite peu à peu, doucement. J’ai renoué avec mes sensations, mes plaisirs. Je suis guérie. Chaque jour, j’apprends une leçon de la vie et cela n’est pas toujours simple, il faut s’accrocher. J’ai appris à me connaître. A exister sans la maladie. Je ne recherche plus l’ancienne moi, mais je laisse la place à la nouvelle, celle de l’après-maladie, qui grandit en passant sa main sur ces cicatrices indélébiles qui lui enseignent le sens de la vie.

 

LA MALADIE restera ma fragilité et ma force. J’aurais grandi de cette expérience…

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