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Relations et effets du temps...

Publié le par Céline Le Guen

S’il y a bien quelque chose qui n’est pas multipliable, c’est le temps. On peut multiplier les amitiés et relations, mais pour le temps, il n’y a rien à faire : il n’est pas étirable. Le temps, c’est la limite des relations diverses. Il ne peut qu’être partagé, comme on le ferait pour des parts de gâteau, plus il y a de monde, plus les parts sont petites…

 

Quand il s’agit d’amitiés établies, il y a une certaine souplesse et la fréquence de distribution des parts de gâteau importe peu, du moment que la qualité est là, mais quand il s’agit de relations, disons… plus intimes, le besoin de temps de rencontres est presque une exigence. Il y a un désir de proximité qui se traduit en fréquence de contacts. Du moins pour la plupart des gens, semble-t-il, moi y compris, autrefois. Je sais quelle frustration, on est capable de s’infliger à rester dans cette attente…

 

Mais j’ai changé. Maintenant je ne vois plus l’intimité être forcément en rapport avec une fréquence de rencontres. Il me semble que je peux très bien établir une relation et la confiance qui y règne, pas son intensité, encore moins sa durée, je n’ai plus d’inquiétudes de voir une relation moins clair, faute de fréquence, de contacts…

 

Il se peut que je me trompe, hein ! Je n’affirme rien. Je me borne à constater…

 

J’ai bien conscience que si une relation est vue comme une construction commune, il est important que chacun y apporte sa pierre. Par ailleurs, je me doute qu’une lenteur constructive peut mener l’autre à construire autre chose ailleurs, s’il est dans ce désir. Et comme le temps n’est pas multipliable…

 

Par contre, je me demande si une relation doit être ″entretenue″ comme on entretiendrait une construction. Est-ce qu’elle se dégrade sans y remédier, si on ne s’y retrouve pas très souvent ? J’ai l’impression que c’est un peu la crainte qu’il y a : ″si tu ne me donnes pas assez, la relation risque de s’éteindre″.

Moi, j’entends donc cela : ″j’ai besoin de sentir que tu contribues à cette construction autant que je le fais″…

 

Alors, je me vois pousser à tenter de rassurer la construction de mon partenaire qui est inquiet en lui confirmant que je suis toujours là, même si, pour diverses raisons, je ne me manifeste peu. Comme je vis dans ″l’ici″ et ″maintenant″, j’ai tendance à donner à la relation quand elle se vit dans cette dimension : ″au présent″ et ″en présence″. L’absence ne m’inspire guère…

 

Cela m’inquiète. Peut-être que cela déçoit…

 

Quand un homme me demande s’il a une place dans ma vie, j’entends qu’il voudrait en avoir une importante. De la place, il y en a mais du temps…

 

Tout ça commence à m’interpeller. Les relations plurielles peuvent-elles se vivre sur un mode similaire aux relations uniques ? Je ne crois pas… En tout cas, je ne vois pas comment je pourrais faire, sauf à m’y épuiser en tentant d’être présente partout à la fois. Cela ne m’intéresse pas. Je ne vais pas courir dans ma vie pour donner autant. Cela me désole un peu de produire de frustration, mais j’ai fait mes choix de vie et ne les cache pas. Il semble que ça plaise… et que ça déplaise à la fois…

 

On me trouve distante, indifférente, froide, dure. Mais curieusement, ces impressions n’apparaissent que dans l’absence. Et uniquement quand il est estimé que je ne donne pas assez. Par contre, dans la réalité des rencontres en face à face, ou lorsqu’une forme de contact est possible, il semble que je suis perçue comme plutôt douce, attentive, présente, chaleureuse… même si une certaine retenue me caractérise…

 

J’en conclus sans surprise que, l’absence réactive des inquiétudes, l’image que l’on me renvoie est projection. Quand je donne au présent et en présence, l’image est favorable, enthousiasme, aimante. Quand je ne donne pas autant qu’attendu, c’est une image désagréable qui m’est attribuée. Parfois des tentatives de rejet en découlent. Rien de bien nouveau, en fait : l’objet d’amour reste toujours un objet de haine potentiel. Mais comme je n’ai vraiment plus besoin de me sentir aimer à n’importe quel prix… je ne me soumets plus à ce qui pourrait rapidement devenir une forme de pression…

 

La répétition des scénarios m’est fort utile, en me permettant de prendre position et de tenir. J’apprends à écouter mes désirs. Désirs de relations… mais aussi de liberté…

 

Il faut beaucoup de temps, sans que personne ne s’en occupe, pour que disparaisse ce qui a été construit…

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